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Thursday 21 November 2019

Fonds de tiroir

La conquête de l'air / janvier 1955

 

La couverture de la revue Conquête de l'air / janvier 1955

Une réclame pour le recrutement, l'avion ressemble  à un mélange de T-33 et Fouga Magister

Décès du Lieutenant-Colonel Roman – Drame à Bierset

Les vœux de bonne année de La Conquête de l’Air ont un goût amer en ce mois de janvier 1955. La Force Aérienne a perdu le 25 novembre 1954 un pilote d’élite.

L’avion du Lieutenant-Colonel Charles Roman s’est crashé à Braine-le-Comte. Son observateur le Capitaine de Norman d’Audenhove a également trouvé la mort dans cet accident.

Le Lieutenant-Colonel Charles RomanCharles Roman né à Lessines le 28 septembre 1909 s’engage dans l’aviation militaire le 28 décembre 1928. Une fois ses ailes gagnées, il est affecté en qualité de sergent pilote à la 3e Escadrille qui occupe à l’époque le terrain de Gossoncourt. Il y pilote les Fairey Fox à l’insigne du houx. Le 11 mai 1940 lors de l’invasion allemande il est sérieusement blessé lors d’un atterrissage de fortune. Il est évacué vers la France d’où il s’évade de justesse pour rejoindre l’Angleterre.

Le 12 juillet il passe à la 5e Operational Training Unit. Après l’OTU il est dirigé vers le 236 squadron avec lequel il participe à la Bataille d’Angleterre. En juillet 1941 il est affecté à la défense du Middle East ou avec son escadrille de Beaufighter il exécute de nombreuses opérations dans le secteur méditerranéen. Il termine la guerre au grade de Squadron Leader avec à son palmarès la destruction d’un Me 109, un 110, un hydravion Dornier et un Junker 52.

Dès sa création c’est lui qui assume le commandement de l’escadrille de chasse de nuit à Beauvechain. Ses Mosquitos hantent la nuit pour ne revenir bien souvent qu’avec les premières lueurs du jour. Le 15 février 1954 il est nommé commandant de la base de Beauvechain où arrivent depuis peu les premiers Meteor NF XI. C’est à bord de l’un de ceux-ci qu’il trouve la mort.

On verra ci-après une page du log-book de mon ex-collègue le Major Desender (alors lieutenant) lorsqu’il volait sur Mosquito « MA-3 » sous les ordres du Major Roman.

Logbook

Une publicité pour l'usine Avions Fairey de Gosselies

Mais la triste énumération ne s’arrête pas là !

En page 19 Victor Boin signe un article intitulé « Une catastrophe aérienne à Bierset endeuille notre Force Aérienne ».

C’était le 26 novembre 1954, un appareil du 3e Wing rate son atterrissage et s’écrase sur l’infirmerie de la base.

Le passage ci-après de l’émouvant discours prononcé par le Ministre de la Défense Nationale, M. Spinoy, explique l’accident à suffisance :

« Il était midi. Seuls les médecins et infirmiers, dont les fonctions ne s’accommodent pas d’un horaire rigide, étaient encore occupés à soigner les malades et à recevoir les militaires rentrant de l’hôpital. Le dernier avion regagnait la base et effectuait la manœuvre d’atterrissage.Soudain c’est le drame brutal. L’avion s’abat, s’écrase dans un bruit infernal, au milieu de l’infirmerie, provoquant instantanément un incendie d’une violence inouïe. Les témoins en sont littéralement paralysés de stupeur et d’effroi.

Mais ces hommes de la Force Aérienne, habitués aux coups durs et mus par l’esprit de solidarité, se ressaisissent pour s’élancer au secours des camarades, luttant de vitesse avec le feu qui fait rage et parviennent à dégager trois hommes. Hélas ! Malgré le courage et le mépris du danger qui les animent, tous les sauveteurs doivent peu à peu reculer devant la violence de l’incendie. Puis le drame s’achevant, les victimes sont une à une dégagées. Les heures passent et le martyrologue s’allonge. Ce n’est que vers la fin de l’après-midi qu’on dénombre douze corps mutilés ».

Après toutes ces tristes nouvelles l’annonce de la remise d’un étendard, le 4 décembre 1954 sur la Grand-Place de Chièvres, au 7ème Wing de chasse de jour passerait presqu’inaperçue.
C’est pourtant l’étendard du 3e Régiment d’Aéronautique que tend le Lieutenant-Général aviateur Lucien Leboutte.

Ce régiment il l’a bien connu puisqu’il y a servi avant 1940. Malgré leur infériorité numérique les pilotes du 3 se sont battus comme des lions en mai 40 et 14 ans plus tard beaucoup ont encore à l’esprit le sacrifice du capitaine aviateur Glorie et de ses équipiers au-dessus du canal Albert.

Et le Chef d’Etat-major Général de la Force Aérienne de conclure « En remettant cet étendard au 7e Wing de chasse, je sais qu’il est en bonnes mains et que la confiance que notre Souverain a placée dans cette unité ne se trouvera jamais déçue. »


Texte : Christian Letenre
Photos : Coll. Christian Letenre
Source: La Conquête de l'air / janvier 1955